Le micro- projet du Club

De la motivation à la lecture à la pérennité du livre.

 

 

 

«Comment dépoussiérer le livre, le raviver, l’immortaliser à l’heure où ne cesse de s’agrandir la menace du Net et du Multimédia ? » Telle est l’une des  préoccupations majeures de plus d’un bibliophile cherchant les moyens adéquats de varier les activités dans le sens d’un intérêt accru porté à la lecture et au livre.

 

     C’est bien dans cette perspective de la motivation à la lecture et d’assurer l’immortalité du livre que s’inscrit l’atelier de lecture que le Club InterCulture (l’ancien  Club de Français et du Cinéma),« ambulant  »et multidisciplinaire depuis sa création, a introduit dans le programme de ses différentes manifestations culturelles organisées respectivement à Kébili, au Kef, lors de la première édition de « Cérès : ville ouverte » du 7 au 9 mai 2004, à H’bira ( Gouvernorat de Mahdia) lors de l’action baptisée également «  H’bira : ville ouverte » les 12et 13 mai 2005 (voir pour les autres manifestations Parcours du Club dans Présentation du Club), et ce en collaboration avec la direction des activités culturelle, sociales et sportives au ministère de l’éducation et de la formation, la direction régionale de l’enseignement de Mahdia et  avec le concours de l’institut français de coopération à Tunis ( IFC- Tunis) en formulant ainsi l’humble espoir d’étancher la soif des mordus d la lecture et de faire « renaître plus d’un cœur défunt au parfum de l’écriture ».

 

     OR, pour atteindre cet objectif, un programme a été concocté, conçu en trois volets :

 

1-      L’organisation d’une foire du livre :

 

     Car, pour dépoussiérer le livre, il a fallu impérativement commencer par le tirer des « rayons de l’oubli » et l’exposer dans un cadre lumineux et chaleureux où il a retrouvé son rayonnement et sa splendeur, étant donné que tout ce qui est « loin des yeux » peut facilement être « loin du cœur » et que l’oubli constitue l’une des tares gravissimes des temps modernes qui dégradent l’homme dont la mémoire est déjà aveuglée par le stress  et la trépidation de la vie. Le risque de cadavérer le livre était donc certain, si on le privait du droit vital de voir le jour.

     Occupant ainsi une place au premier plan, les différents ouvrages ont catalysé la curiosité des élèves et suscité en eux l’envie de poser maintes questions à propos de leurs contenus ou de leurs auteurs et d’oser « interroger le livre » eux-mêmes sans l’intermédiaire de quiconque.

     Puis, s’il existe certaines évidences, celle qui affirme que « l’enfant d’aujourd’hui n’est que l’adulte de demain » en est une. L’idée est venue donc de prémunir nos enfants des armes nécessaires leur permettant de s’auto défendre des menaces de cette peste endémique qu’est l’oubli en multipliant ses visites et ses revisites aux foires de livre qu’on organiserait intentionnellement, en leur honneur.

 

2-       La lecture du livre :

 

     L’on a jugé judicieux de choisir parmi tous ces livres exposés, deux œuvres qui répondaient aux deux exigences suivantes : respecter le  niveau général des élèves et faire en sorte que la seule lecture ne dépasse pas une heure et demie, l’essentiel étant d’éveiller chez les élèves l’appétit de la lecture en leur infusant,petit à petit, les petites doses suffisantes qui garantiraient de les tenir en haleine sans risquer aucunement un effet de vertige ou de lassitude qu’entraînerait une lecture trop longue mais l’on s’est dit encore qu’une bonne lecture ne se ferait que par l’auteur de l’ouvrage lui-même surtout quand il s’agit d’un écrivain contemporain, et bien évidemment au gré des circonstances ou par un spécialiste de lecture orale et expressive. A cet effet, on a invité à trois reprises, durant trois années successives, Yves Mézières, chargé de mission, chef du bureau du livre à l’IFC pour lire respectivement des passages de Contes de la bécasse de Guy DE MAUPASSANT, La Mare au diable de George SAND et l’Invasion de la mer de Jules VERNE ou encore Zinelabidine BENAISSA, Issam MARZOUKI, Abdelaziz BELKOUJA,Nelly AMRI (historienne et poétesse d’origine libanaise) et Véronique TADJO ( écrivain ivoirienne vivant en Afrique du Sud) afin de lire respectivement l’Ile aux trésors,Le Robinson tunisien,le Retour de l’Eléphant, des passages de Nuit debout et Cheminant Rivière et de l’Ombre d’Imana. Quant à Amel MOKHTAR, elle a choisi de lire des passages de son œuvre, La tachaki hadha Rajoul, N’aimez cet homme.

 

3-       L’animation de débats autour du livre :

 

     Un autre volet de la fête du livre dont l’importance n’est pas des moindres a consisté à interroger son auteur, ou celui qui  a pris en charge de le lire. C’était l’occasion pour les élèves lecteurs de puiser toutes sortes d’informations de leurs sources idéales. Ainsi, ils garderont un délicieux souvenir mémorable de l’œuvre choisie et de son auteur. Ces rencontres entre écrivains et élèves lecteurs ne peuvent d’abord que récompenser l’interminable attente des assistants qui auront préalablement lu le livre au sein des clubs de français existants ou des associations concernées,  mais surtout redonner au livre la place qui lui sied le mieux et assurer encore une fois sa pérennité en réussissant à multiplier déjà le nombre des bibliophiles.

 

 

Le choix d’un cadre extra-muros et l’introduction d’activités récréatives :

 

 

     Car comment convaincre davantage une grande partie de la population scolaire de venir assister et / ou participer à ce genre d’activités ?

 

     Partant du principe de développer le capital culturel de l’élève en dehors des heures scolaires et en marge de tout système pédagogique traditionnel, la jeune équipe du Club InterCulture qui compte dans ses rangs un bon nombre de professeurs de différentes disciplines, qui sont tous heureusement des férus de la langue de l’Hexagone, a élu domicile durant les différentes activités , dans un cadre extra-muros à savoir la maison des jeunes de la ville, la bibliothèque publique ou dans la cour de l’établissement scolaire. Mais l’idée est venue aussi d’introduire une ambiance joviale et bon enfant afin de retenir l’attention des élèves et de les jeter progressivement mais doucement dans « le bain de la lecture » et s’assurer ainsi qu’un bon nombre de ces jeunes se métamorphosent en vrais mordus inconditionnels du livre. C’est ainsi que l’inauguration de la manifestation organisée au Sers par le ballet des îles Comores qui a connu un grand succès et une participation remarquable du public, les différentes expositions artistiques (au Sers et à H’bira, les représentations théâtrales et les différentes interventions musicales et les lectures des textes poétiques par des invités talentueux tels que les artistes Ahmed SNOUSSI , Lamia WERTANI du côté tunisien, André ILIEV, le bulgare et Paula KRAFT , l’autrichienne qui nous ont tous honoré par leur présence, ont réellement concouru à ragaillardir les jeunes esprits et toucher davantage la sensibilité des élèves –lecteurs et à chatouiller le sens de la lecture de plus d’un participant à cette activité.

 

     Enfin, pour clore en beauté cette fête du livre, l’activité a été couronnée par l’organisation d’une cérémonie en l’honneur des élèves – lecteurs à qui on a réservé beaucoup  de présents et surtout des livres, lequel volet a été placé sous le signe de « un livre pour chaque lecteur », une autre manière de garantir à la fois  de tirer le livre des « rayons de l’oubli » et de faire augmenter le nombre des adhérents au sein du club.

 

     Il est à noter que ces différentes manifestations culturelles ont comporté d’autres volets, à savoir l’animation des ateliers des arts plastiques (venus de la faculté des beaux arts de Kairouan ou du Club Tahar HADDAD à Tunis), de cinéma et de théâtre qui ne sont, en fait, que d’autres formes de lecture dont le mérite est d’ancrer entre autre, les éthiques de l’ouverture sur autrui, de la communication fructueuse et féconde, la compréhension de l’autre et du savoir-vivre. Saïd Gatri, un enfant de 12 ans de l’école préparatoire du Sers exprime sa grande joie « d’avoir pu franchir le premier en vue de vaincre sa timidité grâce à son intégration au sein d’un groupe avec lequel il joue pour la première fois au théâtre ». Quant à Basma ROMDHANI, une élève de 15 ans du lycée H’bira, elle n’hésite pas à déclarer spontanément qu’elle « a appris à apprécier les productions des autres et à accepter les différences rien qu’au sein de l’atelier des arts plastiques auquel elle a adhéré ».

 

     Finalement, pour intéresser également les enseignants, les organisateurs n’ont pas oublié de créer des ateliers au profit de ces derniers qui ont reçu une formation en théâtre et en cinéma sous l’égide de formateurs venus spécialement pour eux de la direction des activités culturelles, sociales et sportives au ministère de l’Education et de la Formation.

 

     En organisant ces différentes manifestation culturelles placées sous le signe de l’ouverture, le Club InterCulture a réussi, sans prétention aucune, et grâce à la contribution de tous à introduire une autre communication dans le monde des élèves, c’est le contact verbal et explicite avec les adultes sans parler du mérite d’avoir initié les élèves à lire, à lire plus, ce qui constitue en sois le souci majeur de plus d’un intellectuel.

                                                                                                            Par Atef AYED

 

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